Chantal Tombu, Matthias Leridon, Manuella Alonge, Patrick Muyaya, Yolande Elebe Ma Ndembo, Destin Ushindi, Justine Martin et Henri Kalama lors de la restitution des Bourses Leridon ©Dareck Tubazaya Bubakuiza ©Arsène Mpiana

Le mardi 7 avril, l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, partenaire des Bourses Leridon, accueillait la restitution des projets menés par les lauréats de cette édition. Un moment clé, venant clôturer plusieurs mois de recherche, de production et d’accompagnement artistique.

À cette occasion, Manuella Alonge, lauréate de la Bourse de Résidence Leridon, et Destin Ushindi, lauréat de la Bourse de Création, ont présenté leurs œuvres à un public composé d’acteurs du monde de l’art, de représentants institutionnels et de personnalités politiques, parmi lesquelles Patrick Muyaya, Yolande Elebe Ma Ndembo, Justine Martin ou encore Chantal Tombu.

Cette restitution marque l’aboutissement d’un programme qui s’inscrit dans une volonté forte : soutenir la jeune création contemporaine congolaise en offrant aux artistes des conditions de production, de mobilité et de visibilité adaptées à leurs pratiques.


Matthias Leridon s’adressant aux ministres Patrick Muyaya et Yolande Elebe Ma Ndembo, au directeur de l’Académie des Beaux-Arts, Henri Kalama, ainsi qu’au public réuni pour la restitution ©Dareck Tubazaya Bubakuiza ©Arsène Mpiana

Des résidences au cœur de la création

Dans le cadre de sa résidence, Manuella Alonge a été accueillie à Douala, au sein du Hive Studio de l’artiste Jean-David Nkot. Cette immersion a constitué un temps privilégié de recherche et de développement, lui permettant d’approfondir une réflexion personnelle autour des notions d’identité, de mémoire et de transmission.

De son côté, Destin Ushindi a bénéficié d’un soutien à la production lui permettant de développer un projet ambitieux, à la croisée de l’image, de la peinture et de la réflexion critique.


Les projets de création des lauréats

Makanisi — Manuella Alonge

Avec son projet Makanisi, Manuella Alonge propose une démarche introspective centrée sur la construction de l’identité à partir d’histoires héritées.

Le projet interroge les récits qui façonnent les individus, souvent transmis et écrits par d’autres, et dans lesquels il devient parfois difficile de se reconnaître pleinement. À travers cette série, l’artiste questionne la manière dont ces narrations influencent la perception de soi, notamment lorsque le passé est majoritairement appréhendé à travers le prisme de la douleur et des traumatismes.

La notion de dépossession y occupe une place centrale : perte matérielle, mais aussi perte de maîtrise sur son propre récit. Le travail de Manuella Alonge cherche ainsi à ouvrir des espaces de réappropriation, permettant de reconstruire une identité plus libre, consciente et autonome.

Matthias Leridon et Manuella Alonge devant le diptyque produit lors de sa résidence. ©Dareck Tubazaya Bubakuiza ©Arsène Mpiana


Niko — Destin Ushindi

Avec son projet Niko, Destin Ushindi explore la fabrication des images dans un contexte de guerre, à l’Est de la République démocratique du Congo. Le projet repose sur un dispositif volontairement instable : des photographies réalisées à distance, au Kivu, par des opérateurs locaux suivant des instructions précises.

À partir de ces images, l’artiste développe une série picturale qui ne cherche pas à restituer fidèlement une réalité, mais à en révéler les conditions de production, les décalages et les altérations. Les décors, traités en noir et blanc, évoquent une mémoire en transformation, fragile et incertaine.

Les figures humaines, tracées au stylo vert et souvent inversées, apparaissent comme des présences ambiguës, oscillant entre visibilité et disparition. À l’inverse, certains éléments, notamment les marchandises, marquées par des touches de rouge, persistent, s’imposant comme des traces concrètes d’activité et de circulation.

Niko ne documente pas la guerre : il interroge la possibilité même de la représenter à distance, soulevant des questions essentielles sur la responsabilité de l’image, sa construction et ses limites.

Matthias Leridon et Destin Ushindi devant une des oeuvres de sa série Niko. ©Dareck Tubazaya Bubakuiza ©Arsène Mpiana


Au-delà des projets individuels, cette restitution témoigne de la richesse des collaborations mises en place dans le cadre des Bourses Leridon. Elle souligne l’importance des échanges entre artistes, institutions et partenaires, ainsi que le rôle essentiel de structures telles que l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa dans l’accompagnement des jeunes talents.

La Collection Leridon se réjouit de contribuer à cette dynamique et réaffirme son engagement en faveur de la création contemporaine africaine, en soutenant des initiatives qui favorisent la recherche, la production et la circulation des œuvres.

Les prochaines éditions des Bourses Leridon poursuivront cette ambition : accompagner des artistes émergents dans le développement de pratiques exigeantes, ancrées dans des réalités contemporaines et ouvertes sur le monde.

Monsieur Henri Kalama, madame la ministre Yolande Elebe Ma Ndembo, monsieur Matthias Leridon et monsieur le ministre Patrick Muyaya devant l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. ©Dareck Tubazaya Bubakuiza ©Arsène Mpiana